Comment je suis devenu laveur de voiture

J’ai toujours vu l’Afrique comme le continent des plus grands défis.

Qui dit défis dit opportunités et c’est l’une des raisons qui m’a poussé à rentrer au Benin en Février 2016 après plus d’une dizaine d’années hors de mon pays. 

J’ai eu mon MBA en Stratégie dans une école de commerce à Boston. J’ai travaillé en tant qu’analyste financier en banque d’investissement à New-York. Aujourd’hui, je lave des voitures à Cotonou et je travaille à trouver des solutions aux problèmes liés à mon environnement.

Il y a 14 mois, je suis rentré à Cotonou.

L’un des problèmes auquel j’étais confronté en rentrant au Bénin, était de faire laver ma voiture. Je trouvais difficilement le temps de m’arrêter à un centre de lavage et quand je pouvais, on me demandait d’attendre un moment avant qu’on puisse rendre mon véhicule propre soit de le laisser et revenir plus tard le récupérer. Aucune de ces options n’était viable pour moi parce que le temps était la dernière chose que j’avais en réserve. Je remarquais que dans ces centres la consommation d’eau était excessive. On a tendance à penser que c’est l’eau qui rend la voiture propre et j’ai remarqué que dans les stations de lavage, sont utilisés autour de 100 litres pour faire le travail. L’autre problème auquel j’ai été confronté depuis mon retour au Benin est le manque de confiance qui existe dans notre environnement. Je trouvais que le ou la Béninois(e) n’a pas confiance en son prochain.  

Je trouvais que le ou la Béninois(e) n’a pas confiance en son prochain. Cliquer Pour Twitter

Pourquoi ne pourrait-on pas venir à mon appartement ou à mon bureau pour laver ma voiture sur simple demande, même sans ma présence ?

J’en ai parlé autour de moi et croyez-moi très peu de personnes ont cru en moi. Beaucoup pensaient que je rêvais, se disant que cette idée allait me passer rapidement. Je suis têtu de nature et difficilement quelque chose que je pense faire me sort de la tête.

Je voulais transformer des petits tricycles venus d’Asie et servant au transport de marchandises, en stations mobiles de lavage et de nettoyage de voitures mobilisant 02 agents au travail.

J’ai fait le tour des vendeurs de tricycles pour avoir les spécifications de chaque modèle avant de choisir un modèle qui conviendrait à l’idée. Ensuite, il fallait avoir l’argent pour acheter le tricycle. J’ai pu financer l’achat du premier tricycle grâce au salaire que je percevais en offrant des services de gestion de risques à un acteur du Cajou et du Karité béninois.

Une fois le tricycle acheté, nous avons dû le dépecer complètement pour renforcer son moteur et ses suspensions car l’arrière devait supporter les 1,6 tonne que faisaient : l’eau, le système hydraulique, le système énergétique,  moteur a pression et aspirateur). Ça nous a pris 4 semaines pour construire et 2 semaines pour tester : soit 42 jours et Triton était prêt à laver les voitures de Cotonou.

Pourquoi Triton ? Parce que j’étais fan de mythologie grecque. Avec le Trident de Triton, on faisait le travail de Poséidon. On rendait propre toutes les voitures qu’on touchait.

La veille du lancement de Triton, j’ai réuni les ouvriers qui avaient travaillé avec moi  pour partager un repas ensemble. Je n’aurais pas pu le faire sans leur aide. Il était important qu’ensemble, on puisse se réjouir et que chacun prie pour la bonne marche de ce projet. Ils ont travaillé nuit et jour pendant un mois pour que naisse ‘Le Triton’, cet engin qui se déplace vers le client pour lui laver sa voiture. Triton est notre chose.  

On a créé en 42 jours, Le Triton, cet engin qui se déplace vers le client pour lui laver sa… Cliquer Pour Twitter
Le premier Triton

De notre travail en équipe je peux dire aujourd’hui qu’avec moins de 30 litres d’eau, du savon biodégradable, et une énergie produite en roulant le tricycle, nous réalisons le nettoyage interne, l’aspiration de l’habitacle, le cirage du cuir, du tableau de bord et le lavage externe de tous véhicules. 

A Cotonou, les ouvriers travaillent en équipe et se font confiance entre eux.

Grâce à un électricien bâtiment qui m’avait été présenté lorsque je venais de m’installer à Cotonou, j’ai connu le plombier, le mécanicien, le ferrailleur, le peintre et l’électricien auto qui ont donné vie au projet que j’avais en tête. Ces ouvriers qui ont donné naissance au Triton partageaient une chose que je ne retrouvais pas souvent à Cotonou : la confiance. 

De la confiance que j’avais en l’électricien bâtiment que j’avais rencontré j’ai pu rencontrer ceux que j’appelle aujourd’hui ma famille car sans eux Triton n’existerait pas. De la confiance que chacun d’entre eux portait pour l’autre et de la confiance aveugle que je leur donnais, nous avons pu travailler ensemble. A part les matériaux dans lesquels j’avais investi, aucun de ses ouvriers que j’avais rencontré 1 mois auparavant n’a été payé comme main d’œuvre. Un soir en Juillet, ils m’ont dit de ne pas m’inquiéter pour leur main d’œuvre car Triton c’était leur chose. Grande fut ma surprise et ma joie car on m’a toujours dit de ne pas avoir confiance aux ouvriers dans Cotonou et de faire attention car seul l’argent compte aux yeux des Béninois. Mais la Famille Triton m’a démontré le contraire. 

En 7 mois d’activité, nous avons créé une vingtaine d’emplois et amélioré les conditions de vie des personnes qui travaillent avec nous.

J’ai remarqué qu’en leur faisant confiance, ils se dévouaient à leurs taches et faisaient tout pour ne pas perdre la confiance que j’ai en eux. De cette confiance, a jaillit la motivation de rendre un bon service aux clients. A Triton, nous sommes dans le service de lavage. Notre mission est de rendre propre les voitures de nos clients. Sur 2000 services offerts dans Cotonou, nous avons reçu approximativement 1% de plaintes sur la qualité du travail. Nos équipes savent que Triton ne vivra que si les clients sont satisfaits de notre travail.

Le premier problème, c’était la logistique.

Se déplacer dans Cotonou, travailler de manière efficace, ne pas fatiguer les équipes, économie : on ne savait pas comment envoyer les équipes, économiser de l’essence, arriver à temps chez le client et ne pas trop fatiguer les équipes. C’était la première difficulté. J’ai dû lire des bouquins sur la logistique. « A Practical Guide to Transportation and Logistics » de Michael Stroh m’a appris à concevoir une stratégie pour économiser du temps.

Le deuxième problème c’était l’adressage.

La ville de Cotonou ne dispose malheureusement pas d’adresses précises. Les clients avaient du mal à nous indiquer leur localisation, et nous, nous avions du mal à guider l’équipe Triton à travers la ville. Nos employés ne connaissaient pas forcément bien la ville. On a dû faire des séances pour leur montrer les points stratégiques de Cotonou pour leur permettre de mieux se repérer.

Le troisième problème était la pluie.

Généralement, quand il pleut, les clients préfèrent laver leur voiture trois jours après la pluie, de peur de la salir en passant dans l’eau souillée. On ne gagne pas assez d’argent dans ces périodes. On a été obligés de prévoir les jours de pluie 10 jours à l’avance pour améliorer notre service.

Le quatrième problème, c’était les Hommes.

Nous leur apprenons à respecter la tenue bleue au logo Triton qu’ils portent. Nous leur faisons comprendre que si l’un d’entre eux fait mal son travail le client perd confiance en la marque Triton.  Ils savent que l’amélioration de leurs vies ou de celle de leurs familles ne se fera pas sans le bon développement de Triton. Pour la première fois de ma vie, j’ai dû gérer 7 personnes pour leur apprendre les bonnes pratiques pour mieux satisfaire nos clients.  

Il y a un mois, l’application Triton a été lancé pour permettre aux clients de prendre rendez-vous aux heures qui leur conviennent le mieux. Ils réservent, reçoivent un sms de confirmation et le jour venu, nous rentrons contact avec eux avant de venir. Au départ, les clients nous appelaient ou nous écrivaient par WhatsApp. Parfois, nos lignes étaient saturées. Plusieurs clients pouvaient appeler au même moment et être dans l’impossibilité de nous joindre. 

On peut partir d'une idée folle pour en faire une entreprise sérieuse. Cliquer Pour Twitter

Depuis 08 mois, depuis que Triton est né, je sais qu’il faut croire en son rêve, mais il faut aussi trouver des personnes motivées et prêtes à vous aider. Un merci personnel à Boris Danhounsi pour avoir cru en moi, plus que tout le monde. On m’a pris comme un fou quand j’ai dit qu’on pouvait se déplacer avec 1000 litres d’eau pour laver une voiture. On m’avait dit que c’était impossible et je n’y ai pas cru. Aujourd’hui, j’ai réalisé ce rêve. On m’a dit que j’avais fait de grandes écoles pour finir laveur de voitures mais aujourd’hui, c’est ma passion. On peut partir d’une idée folle pour en faire une entreprise sérieuse.

Triton, you like it clean, we like it dirty.

 

Jean Philippe Houssou,

Triton 

 

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5 Comments

  1. Ibidun

    Cet article me touche particulièrement. Il a survolé tous les ont dit pour réaliser son rêve et Triton est né.
    Enfin, je confirme que le plus important est de croire en soi quoiqu’il arrive.
    Merci à Irawo.
    Très inspirant.

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  2. Guillaume

    Merci Irawo pour avoir partagé ton expérience édifiant avec nous dans cet article. C’est bien d’avoir un rêve et plus encore de parvenir à le réaliser.

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