3 humoristes et 1 Rire sur Place ou à Emporter

Harold Tankpinou est en médecine. Yannick Datti Satchivi et Omer Sagbo, en Transport et Logistique. À trois, ils forment Rire sur place ou à emporter, le trio d’humoristes toujours doués pour se mettre dans des situations cocasses.

L’histoire commence quelque part en 2015.

Les trois compères font connaissance, dans le quartier, pépère comme vernis sur tableau. Ils accrochent, tout de suite. Leurs atomes aussi. D’ailleurs, parlant d’atomes, Harry, Yannick et Omer adorent rire. Ils se font des vannes, ils en rigolent et s’en vont même imaginer ce que ça ferait de les poster sur internet.

Mais pourquoi pas ?

Oui, pourquoi pas ? Inspirés par des humoristes américains et français, ils postent sur leurs profils Facebook  des vidéos en format Vine de 6 à 15 secondes. Flop…Ça marche mais ça ne marche pas trop.

« Au début c’était compliqué, on n’avait pas une grande portée. Comme on postait sur nos comptes personnels, il n’y a pas de visibilité « , dit Omer pour expliquer la création en 2016 de leur page Facebook « Rire sur Place ou à emporter »

Le public n’accrochait pas. Les gars, eux aussi, ne veulent pas lâcher. Ils comprennent que les réalités ne sont pas les mêmes et qu’il faut s’inspirer de leurs « soi » et « chez ».

Sur un coup de tête, ils récidivent. Cette fois, avec un scénario, plus de minutes et peut-être de l’impro. Ce court-métrage parle de « Percer dans la musique » et met en scène un jeune artiste tout fier de son « concept » de musique, et deux de ses amis pas vraiment fans. La vidéo dure presque 2 minutes. Résultat ? Près de 10 000 vues au compteur. Rire sur place ou à emporter nait officiellement sous les traits des 3 amis qui s’improvisent acteurs et vont constamment à la recherche d’idées de scénario pour faire rire leur public.

Cette fois, c’est la bonne. Le public accroche. Leur page gagne plus d’abonnés. Les internautes ne se contentent pas juste de rire et d’aimer leurs vidéos. D’un mouvement collectif de soutien et de partage, ils mentionnent leurs amis, et les amis de leurs amis. Les fans décident de rire sur place et de revenir plus souvent. Peu à peu, une audience fidèle se construit autour de la page, faisant connaître « Rire sur place ou à emporter  » à la jeunesse africaine et francophone.

Yannick, Omer et Harold vont alors à la recherche de thèmes propres à leurs quotidiens, dans la vie au quartier. Ceux-ci tournent beaucoup autour des relations amoureuses, des galères et déboires de tout jeune Béninois qui se respecte. « Rire sur place ou à emporter  » dépeint des scènes quotidiennes de la vie dans une capitale africaine. L’humour se modifie au fil des vidéos. À force d’observer les réactions du public, au travers du nombre de likes, de partage, de l’engagement et des vues, les trois amis apprennent à cerner les attentes. Ils distinguent les sujets qui marchent bien de ceux dont il faut revoir le scénario. « Il faut un truc qui accroche, un élément, un noeud dans le scénario « , affirme Yannick sur leurs techniques d’écriture.

Encouragés, Harold, Omer et Yannick veulent améliorer leur jeu mais surtout la qualité de leurs court-métrages, habituellement tournés avec un smartphone. Ils décident donc de faire appel à un ami, féru de réalisation, qui leur prête son matériel et son talent. L’équipe est ainsi monté. Silence, ça tourne. On les voit le plus souvent à l’intérieur d’une maison, dans le salon, sur la terrasse ou dans la rue.

Alors, vous voulez du rire sur place ou à emporter ?

D’ailleurs pourquoi ce nom ? C’est un autre jeu de mots issu du service de restauration des cafétérias « Diallo » très répandus à Cotonou et environs. Ceux-ci vous proposent de consommer vos spaghettis sur place ou de les emporter. Dans le cas présent, vous pouvez rire directement sur la page ou emporter la vidéo en la téléchargeant. Malin, hein ?

Tentons une blague : Ils font du rire sur place ou à emporter, ce sont donc des vendre…rires. Vendeurs de rire, toussa toussa. ( Note de la Rédaction : Désolés pour le désagrément causé par cette vanne nulle dont le but était de vous situer dans le contexte de l’humour. La rédactrice de cet article n’en a pas beaucoup 🤦🏾‍♀️).

En Novembre 2017, ils atteignent le million de vues grâce au court-métrage « L’aveugle par amour » qui raconte la rocambolesque histoire d’un amoureux très cocu. La vidéo en qualité HD sous-titrée en anglais est accompagnée de « Tré  lé lé » un hit du chanteur béninois T!boy. Elle devient virale. Plus de 7000 partages et des milliers de nouveaux fans.

Team229, Kesako ?

Interrogé sur les réactions du public béninois, Omer Sagbo répond ceci :

« La remarque qu’on a faite à l’issue de ces deux années, c’est que le public d’ailleurs, hors du Bénin, soutient mieux ou plus que le public Béninois. Les Ivoiriens, les Gabonais, les Camerounais, etc. Les pages ivoiriennes jusque là sont celles qui ont le plus partagé nos vidéos. Les pages béninoises ont beaucoup de mal à le faire. Les Béninois, sur leurs propres comptes personnels, ont du mal à partager.

Peut-être est-ce la culture du partage qu’on n’a pas ici. C’est de ça qu’on a le plus besoin. Ailleurs, les gens ont plus de facilité à te tendre la main. Si tu vois de l’humour, que tu en ris, c’est de l’art. C’est normal que tu partages pour que tes amis puissent voir d’un côté et de l’autre pour aider celui qui a posté à avoir plus de visibilité « 

« Ils aiment bien ce qu’on fait mais ils ne font rien. Ils ne likent pas, ils ne partagent pas mais quand ils te voient dans la rue, ils te disent qu’ils aiment ce que tu fais. Certains ont même du mal à te dire qu’ils aiment ce que tu fais mais comme ils ont vu qu’on a persévéré, ils se sentent comme obligés de le faire. Le constat c’est que les étrangers partagent beaucoup plus que les gens de chez nous «  renchérit Harold Tankpinou. Il déplore lui aussi cette situation mais est convaincu que par le travail acharné, ils sauront convaincre les plus difficiles à mieux participer.

L’humour c’est de l’art et c’est beaucoup de travail

Quelles sont les leçons apprises de cette aventure ? Omer est ferme dessus. Dans l’humour, il faut savoir se réinventer. L’adaptabilité est le mot d’ordre. La qualité du matériel aussi. D’un smartphone à une Go-Pro, puis d’une caméra à un smartphone, les trois humoristes se démènent pour trouver du temps et produire. Ils apprennent à fédérer leur communauté, à surprendre le public avec des idées toujours innovantes, à filmer et à monter leurs propres scénarios.

Omer Sagbo : Dès qu’une idée vient, avec le téléphone on la tourne. Avec le PC, on fait les sous-titres. On gère tout. On a appris beaucoup de choses sur la manière de réfléchir des gens. Qu’est-ce qui est trop poussé ou pas assez. Et c’est ce côté qui est très passionnant. Même dans la réalisation, on a appris. Avant on tournait les scénarios en one shot. Aujourd’hui, on peut tourner une seule réplique 4 fois. On apprend par nous-mêmes. C’est un métier à part. Il faut savoir s’adapter.

Harold Tankpinou : C’est devenu de l’écriture. Il faut écrire tout le scénario afin de mieux le jouer. Mais la particularité chez nous, c’est qu’il y a beaucoup de spontanéité dans notre jeu. Il faut également faire attention aux jeux de mots, aux subtilités pour faciliter la compréhension du scénario. Mais on continue à travailler, à se remettre en question. Pourquoi telle vidéo n’a pas marché ? Qu’est-ce qu’on peut améliorer ?

Yannick Datti Satchivi : On a appris et on a compris beaucoup de choses. Au début, on avait les idées mais on ne savait pas filmer ni monter. On a travaillé avec NoSmallKing Tv qui réalisait nos vidéos. C’était bien mais il n’était pas très disponible. Nous avons appris à filmer en le regardant nous filmer. Ensuite, chacun de nous, de son côté a appris le montage. On regardait des tutoriels Youtube pour apprendre à tourner avec un iPhone. Quand tu veux commencer, c’est difficile. On a compris qu’il fallait commencer pour savoir comment les choses se passent et pour grandir en elles. Avec le public, c’est pareil. Avant, il n’accrochait pas directement. On avait de bons délires mais on les présentait peut-être mal. On a fini par trouver la recette. Au début c’est difficile mais après on s’améliore quand il y a du travail qui suit. Si tu aimes un truc et que tu as envie de le faire, même si tu trouves que c’est difficile, il faut te lancer. Il ne faut pas attendre le bon moment. Si tu es déterminé, tu vas forcément apprendre sur le tas et donner des résultats petit-à-petit.

Rire sur place ou à emporter
De gauche à droite : Harold, Yannick et Omer, Ⓒ Rire sur place ou à emporter

Rire sur place ou à emporter est désormais une page populaire, suivie par plus de 70 000 personnes. Elle cumule une trentaine de court-métrages et plus de 5 millions de vues. En décembre 2017, avec 7 autres talents Béninois, Yannick, Harold et Omer jouent à guichets fermés au premier spectacle 100% Stand Up du Bénin. Le Canal Olympia Wologuédé qui accueille l’évènement affiche complet.

L’avenir, ils y pensent. Ils ont pour projet de produire plus de vidéos de qualité, de se produire sur scène et de se lancer sur une web-série. « On écrit notre web série dont le tournage va bientôt commencer et pendant cette période on sera un peu plus absents sur la page« . Pour financer « Rire sur place ou à emporter « , les trois humoristes font des partenariats avec des marques et entreprises à qui ils offrent de la visibilité. Leur rêve c’est de finir dans l’industrie du cinéma et de produire pourquoi pas, un Blockbuster de fous-rires.


PS : L’équipe de Irawo Tv a réalisé un court-métrage en collaboration avec Harold, Yannick et Omer. La vidéo sera dévoilée le mercredi 28 Mars 2018. Inscrivez-vous ici pour être notifié de sa publication

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