Bolajo Fawehinmi, de mannequin à dénicheuse de stars

Dans l’industrie de la mode nigériane, Bolajo Fawehinmi ne se présente plus. Elle maîtrise son art : découvrir et former des stars. Avec l’équipe de son agence Few Model Management, elle arrive à dénicher de talentueux mannequins à la beauté atypique dont Eniola Abioro, la première nigériane à défiler pour Prada ou encore Elizabeth Ayodele, comparée à Kate Moss.

Son travail est reconnu par des magazines internationaux comme Forbes, Vogue et Business Of Fashion. En 2019, elle s’attend à ce que son chiffre d’affaires dépasse les cinq millions de dollars.

Eniola Abioro pour Prada
Eniola Abioro pour Prada

Bolajo Fawehinmi rêvait de devenir avocate

Après avoir participé à l’élection Miss Nigéria en 2011, d’où elle sort couronnée « Miss Congeniality », Bolajo se lance dans une carrière de mannequin, chose qui n’était pas tout à fait prévue. Elle voulait devenir avocate mais faisait des études de comptabilité et au même moment, représentait l’équipe de basketball de son université.

Alors qu’elle penchait plus pour poursuivre une carrière sportive, quelqu’un lui propose de s’essayer aux podiums et elle trouve sa voie.

De mannequin à manager

Son titre de Miss lui permet de naviguer plus facilement dans le milieu. Mais très vite, elle se rend compte que le glamour et les paillettes ne sont pas pour elle. Elle se retrouve à apprendre à ses « collègues » les rouages du système et là, le déclic. Dans le même temps, elle remarque le peu de confiance en elles que ces dernières ont. D’après Bolajo, les Nigérians ne dépeignaient pas la beauté africaine de la bonne façon et ne la valorisait pas assez, alors, elle décide de changer la donne.

« Mon travail en tant que Modelling Scout est de changer la perspective du mannequinat. L’apporter à tous. Ceux qui le veulent, ceux qui ne le veulent pas. Ceux qui en rêvent, ceux qui n’en rêvent pas. Ceux qui le reconnaissent, ceux qui ne le reconnaissent pas. Mon job est de vous faire vouloir, rêver et reconnaître. Ensemble, avec mon équipe, nous y arriverons. »

Fawehinmi via Instagram
Bolajo Fawehinmi tout sourire en chemise bleue clair rayée de blanc - Photo par Niyi Okeowo
Bolajo Fawehinmi par Niyi Okeowo

De là, Few Model Management est née

En Décembre 2014, Bolajo Fawehinmi créé son agence de scouting. Elle la nomme Few, diminutif de son nom de famille Fawehinmi. Son but est de contester le manque de représentation de mannequins africains sur la scène internationale.

Pour ce faire, elle va à la recherche de jeunes filles dont le physique s’aligne parfaitement à ces standards. Mais pour elle, ce n’est pas le plus important. Il faut la personnalité et la moralité qui va avec. Elle ne peut pas prédire qu’un tel fera sensation mais par contre, elle peut leur donner le moyen d’y arriver.

Dans un pays qui compte près de deux cent millions de personnes, son équipe dit être plus chanceuse dans les zones rurales. Les églises et les centres commerciaux sont aussi d’excellents choix pour tomber sur des perles rares qui parfois ne connaissent rien au monde de la mode.

« J’ai trouvé Elizabeth Ayodele pendant qu’elle se rendait à l’école. Au début, elle n’était pas excitée à l’idée de devenir mannequin. J’aime les filles qui ne pensent pas qu’elles peuvent l’être ou qui ne sont simplement pas intéressées. C’est le genre de filles qui ne se présente jamais aux castings. Il y a des jours où 700 personnes se présentent à un seul casting mais je n’arrive à en choisir aucune. »

Elizabeth Ayodele par Ezra Patchett

Près de cinq ans après, elle y est (presque) arrivée

« La raison principale pour laquelle j’ai ouvert Few est célébrer le type de beauté qui n’est pas toujours célébré au Nigéria. Ce matin par exemple, pendant que j’allais au travail, j’ai vu une fille qui était très belle. J’ai garé ma voiture puis je lui ai couru après pour l’attraper. Sa mère était choquée puisque la plupart des gens ici ne trouveraient pas forcément sa fille belle – ils doivent sortir des sentiers battus. »

Aujourd’hui, Few compte une vingtaine de mannequins actifs. La bonne moitié poursuit une carrière internationale avec des contrats ayant jusqu’à 5 zéros en dollars. Elle attire l’attention de grandes agences qui souhaitent travailler avec ses découvertes. En 2016, après avoir posté la photo de l’une d’elles, elle est contactée par IMG Models. Il s’agit de l’agence basée à New York qui représente Gigi Hadid et Giselle Bündchen. Ces dernières sont toutes les deux sur le podium des mannequins les mieux payées au monde.

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Few’s Next Face, à la recherche de la prochaine génération de top-models

En 2017, avec IMG comme partenaire, Few organise la première édition de Few’s Next Face. Il s’agit d’un concours dont la gagnante remporterait 2000$ puis un contrat de deux ans avec chacune des agences. Le concours est ouvert aux africaines en général. Pour cela, Bolajo se rend dans divers pays notamment la Côte d’Ivoire, le Sénégal et l’Éthiopie faire ce qu’elle fait le mieux. L’année suivante, une deuxième édition est organisée. La gagnante repart avec des opportunités de travail avec Next Models, Select Models et Boss Models à leurs différents sièges sis à Paris, Londres, New York et en Espagne.

Actuellement, six des mannequins de Few ont un contrat avec IMG.

Malgré tout, il reste du travail

Malgré le succès de Few et d’autres agences locales, les nigérians ne voient toujours pas le mannequinat comme une carrière digne du nom.

« C’est un grand challenge de convaincre les parents de nous laisser faire voyager leurs enfants à l’international. Le fait qu’il y ait plein d’agences peu fiables n’arrange pas les choses. »

A chacune de ses découvertes, l’équipe de Few doit s’entretenir avec les parents pour les rassurer. Avant cela, Bolajo s’arrange pour n’exposer les filles à aucun danger. Malgré ça, elle s’engage à préparer les filles mentalement au succès soudain qui les attend.

Des mannequins de l'agence Few Models Management en haut blanc et jean bleu
Mannequins Few Models Management

Few maintenant, Few toujours          

« VOGUE – Je me suis dit « je suis tellement chanceuse »
FORBES – Je me suis dit « est-ce que je rêve? »
Business of Fashion – Je me dis maintenant « c’est un piège pour continuer à réussir »
Pendant mes 3 ans en tant que scout, être reconnue et interviewée aux côté de managers reconnus mondialement, ceux-là même qui m’inspirent et continuent de m’inspirer…c’est une bénédiction, un honneur et un challenge.
Je suis reconnaissante, excitée mais sûrement pas sur le point d’arrêter. »

Fawehinmi via Instagram

À l’aube de ses trente ans, en tant que l’une des plus jeunes managers de mannequins, Bolajo est fière du travail abattu mais ne se repose pas pour autant. Bien qu’elle sache ce qu’elle souhaiterait faire dans les années à suivre, Bolajo Fawehinmi préfère ne pas se prononcer. Elle préfère se permettre de respirer de temps à autre sans trop planifier. Une chose est sûre d’après elle : Few existera pour toujours, même après sa mort.

Bolajo Fawehinmi et les membres du jury - Few's Next Face 2018
Bolajo Fawehinmi et les membres du jury – Few’s Next Face 2018
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